Fukuzawa YUKICHI – L’Appel à l’étude

Fukuzawa YUKICHI – L’Appel à l’étude. Les Belles Lettres. 2018. 224pages. 25.50euros.

https://www.lesbelleslettres.com/livre/3626-l-appel-a-l-etude

fukuzawa appel

PRÉSENTATION
« Le Ciel, dit-on, ne crée aucun homme supérieur aux autres hommes ni aucun homme inférieur aux autres hommes. Cela signifie que, étant tous engendrés par le Ciel, les hommes sont égaux entre eux et qu’il n’existe pas, à la naissance, de distinctions de rang ou de classe. […] Les différences qui existent entre les hommes proviennent uniquement des connaissances que les uns ont acquises par l’étude et que les autres n’ont pas. […] La liberté et l’indépendance concernent par ailleurs tout autant les pays que les individus. […] Que le pays soit humilié, et tous les Japonais sans exception devront en effet donner alors leur vie pour défendre son honneur et sa dignité. C’est en cela que consistent la liberté et l’indépendance d’un pays. »

 L’Appel à l’étude, publié entre 1872 et 1876, est l’ouvrage le plus important de l’ère Meiji (1868-1912). Son auteur, Fukuzawa Yukichi (1835-1901), s’y livre à un double exercice : penser la manière dont le Japon peut et doit « accéder à la civilisation » et convaincre ses compatriotes de le suivre dans cette voie, la seule à même selon lui d’éviter à son pays la colonisation par les puissances étrangères.
 Best-seller absolu de l’époque, ce livre, qui a joué un rôle capital dans la construction du Japon contemporain, offre de nombreuses clefs pour comprendre ce que fut vraiment la restauration de Meiji pour les Japonais.

BIOGRAPHIES CONTRIBUTEURS

Fukuzawa Yukichi (1835-1901) est considéré par ses compatriotes comme le plus grand des intellectuels japonais et l’un des principaux acteurs du processus de modernisation dans lequel leur pays s’engagea à partir de la Restauration de Meiji (1868). Ce fils de guerrier de bas rang, que rien ne prédestinait à jouer un tel rôle, fut tour à tour — et souvent en même temps — penseur, pédagogue, traducteur, essayiste, pamphlétaire et journaliste. Il fonda l’école privée Keiô — qui est aujourd’hui l’une des plus prestigieuses universités japonaises —, publia des dizaines d’ouvrages dont certains, à l’exemple de L’Appel à l’étude (Gakumon no susume) ou de L’État de l’Occident (Seiyô jijô), se vendirent à des centaines de milliers d’exemplaires, et créa l’un des premiers quotidiens japonais, Les Nouvelles de l’actualité (Jiji shinpô), qui parut pendant près d’un demi-siècle. Formé aux études chinoises, il rompit — à l’instar de toute une génération — avec celles-ci, pour se consacrer aux langues et aux études occidentales. Figure majeure des Lumières japonaises, il est assurément le plus important de ces jeunes Japonais qui, rêvant d’universalité, furent les premiers à découvrir le monde dans sa réalité contemporaine, à comprendre sa complexité et ses dangers, et à faire le choix de se consacrer corps et âme à faire accéder le Japon à la « civilisation » afin de maintenir son indépendance.

Christian Galan est professeur de langue et civilisation japonaises à l’université Toulouse-Jean Jaurès et chercheur au Centre d’études japonaises de l’Inalco.

*** Mon Avis ***

La référence obligée pour comprendre le Japon depuis 150 ans

 

 Voici un livre – « le plus important de l’ère Meiji » – tout à fait primordial qu’il faut lire impérativement car l’auteur, et son livre, ont puissamment inspiré et modelé la société japonaise. Donc, le bouddhisme aussi – et pas seulement.
 Ce sont les excellentes éditions (une référence aussi !) des Belles Lettres qui publient cet éminent ouvrage du « Voltaire japonais », « bien tardivement » comme le dit Christian Galan, qui le traduit, présente et annote (il dirige aussi la Collection Japon, des Belles Lettres).

 « L’Appel à l’étude » fut publié sous forme de « livres » ou cahiers, des fascicules, et cela erratiquement, mais tout l’ensemble, les XVII reposent sur le premier, publié fin 1871, début 1872 – et il est en fait une retranscription d’un discours prononcé pour l’ouverture d’une école. Les cahiers qui suivirent sont le développement des idées du premier.
 En fait, cet ouvrage n’aurait pas du voir le jour : mais le discours du Livre Un est tellement fort, puissant, et exceptionnel que les amis de l’auteur poussèrent à la publication – et le succès à l’époque fut phénoménal. Ils furent vite couverts d’éloges. J’aurais été un des amis de Yukichi, je l’aurais moi aussi poussé à la publication !
 Moi-même, à la lecture, je suis resté impressionné de cette lecture : et comme le dit Christian Galan, c’est bien malheureux qu’une traduction complète de cet ouvrage ne se fasse que maintenant : plus tôt, on aurait mieux compris la mentalité japonaise bien avant que le Zen par exemple, ne fasse ses premiers pas en Europe. Mais peut-être que les guerres mondiales n’auraient pas eu le même visage.
 Oui, foncièrement toute personne intéressée par le zen, et les religions japonaises, se devrait donc de lire cet ouvrage fondamental de la pensée japonaise – car ce livre a comme je l’ai dis, profondément marqué les esprits des nippons. Lisez cette bio :
 « Intellectuel de l’époque Meiji, Fukuzawa Yukichi (1868-1912) est un personnage fondamental de cette époque clé du Japon (c’est son portrait qui figure sur les billets de 10 000 yens). Traducteur, essayiste, pédagogue, journaliste : il est présent dans tous les domaines de la modernisation et est considéré comme le symbole de cette époque de bouleversements sociaux et culturels. Il contribua à changer les mentalités en publiant des traductions d’ouvrages occidentaux ou des ouvrages de synthèse de ses lectures en anglais. Il a fondé l’Université de Keiô, l’une des plus grandes universités privées japonaises. L’autobiographie de Fukuzawa est parue en français en janvier 2007 sous le titre La vie du vieux Fukuzawa.« 

 L’enchaînement logique de Yukichi pour un « Appel à l’étude » repose sur ce constat : « un homme qui n’étudie pas est un ignorant est un homme ignorant st un imbécile« .
 Il ajoute quelques lignes plus loin que les lettrés et poètes savent bien des choses, mais que leurs savoirs livresques – jugés secondaires – « est très éloigné de la réalité et sans aucune nécessité dans la vie de tous les jours« .
 L’auteur incite ses comparses, et les jeunes élèves à qui il s’adresse, à aller puiser dans les savoirs pratiques de l’occident afin de rendre la société japonaise bien plus moderne – et ils l’ont écouté ! Regardez comme le Japon est à la pointe dans tant de domaines techniques et scientifiques !
 Au-delà de cela, nombres des idées promues par l’auteur sont aujourd’hui reconnaissables dans notre vie de tous les jours :
– égalité des droits.
– chacun fait sa vie comme il l’entend sans gêner celle des autres.
– la différence existe néanmoins entre ceux qui étudient et ceux qui décident de ne pas étudier.
– l’étude apporte l’indépendance d’esprit et plus les gens seront libres et indépendants, plus le Japon le sera.
– on s’accomplit en étant utile aux autres.
– seules comptent l’utilité et les compétences de chacun.
– l’action gouvernementale doit s’exercer avec celle des citoyens.
– les citoyens n’ont pas droit à la révolte (!).
– mais ils sont incités aux comportements démocratiques.
– la civilisation est le but à atteindre, et la solution aux problèmes.
– les occidentaux montrent seulement la voie. Les Japonais doivent faire leur sauce.

 C’est un ouvrage vraiment profond que j’ai lu en lisant l’Appel à l’étude – mais on sait comme les orientaux sont des champions pour ce qui est d’élaborer des pensées aux ramures et racines subtiles.
 C’est un ouvrage qui ne se satisfera pas d’une lecture – mais de plusieurs. C’est un livre que l’on ne finit pas de lire. Je sais que j’y reviendrais (d’autant que les cahiers sont au nombre de 17 et qu’on peut les lire séparément).
 Pour moi, c’est un ouvrage de référence et qui n’a pas son pareil. Il entre dans mon TOP20 !

 Bonne lecture !

Zui Ho.

Fukuzawa YUKICHI. Les Belles Lettres. Japon. Ere Meiji (1868-1912). Politique. Education. Savoirs pratiques. TOP20.

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